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« ACTEUR OU SPECTATEUR » dans la performance


Article écrit par Mickaël DENNIEL avec la participation d’Antoni GIROD


« Pendant cette coupe du monde, quand j’étais sur le pas de tir, je me suis senti spectateur. J’avais l’impression de bien faire les choses et pourtant ça ne rentrait pas. Je me voyais faire mon geste, qui me semblait bon, et pourtant mes impacts sur la cible étaient loin d’être groupés » raconte Julien.

En décrivant cette scène, ce sportif donne l’exemple d’une stratégie qui n’a pas fonctionné pour être performant.

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Alors comment faire le choix entre les rôles Acteur et  Spectateur ?

Un mécanisme mental

Lorsque nous parlons d’Acteur ou de Spectateur, il s’agit en fait de modes de représentation que l’on nomme également Associé ou Dissocié, où nos 5 sens interviennent de façons différentes.  En mode associé, je vis la scène comme si j’y étais, je ressens les émotions en plus de voir et d’entendre ce qui s’y passe. En mode dissocié, je me vois en train de vivre la scène, comme si elle se déroulait sur un écran, et j’ai une distance par rapport à elle qui me permet de prendre du recul. La dimension kinesthésique est absente, je ne ressens rien.

 Un mode à choisir en fonction des situations

Réaliser une performance

Lorsque Julien réalise son geste en mode spectateur, la performance n’est pas au rendez-vous. Pourquoi ? Tout simplement parce que sa stratégie mentale personnelle passe par le ressenti, donc par le mode associé.

D’où l’importance pour chacun d’identifier sa propre stratégie mentale, celle qui mène au succès.

Gérer une émotion

Le mode spectateur permet de se dissocier des émotions et des ressentis, pour se recentrer sur l’essentiel.

Lors d’une compétition de tir sportif, il m’est arrivé de sentir la colère suite à un arbitrage que je trouvais injuste. Des tremblements sont apparus, et m’ont gêné dans la réalisation de mon geste. La position dissocié m’a permis de prendre du recul pour retrouver le calme dont j’avais besoin.

Faire des choix tactiques

En prenant du recul et en devenant spectateur, les choix tactiques peuvent évoluer grâce à une analyse différente. Cela peut se faire dans le coin d’un ring entre deux rounds, dans un vestiaire entre deux mi-temps, sur le terrain pendant un temps mort lié à l’arbitrage ou en amont en préparation d’une compétition. Plutôt que de subir une situation, il s’agit de s’en extraire pour l’aborder sous un autre angle. Antoni Girod vous en donnera deux beaux exemples dans son témoignage.

Améliorer son geste

En sport, la vidéo est un excellent moyen de se dissocier pour comprendre ce qu’il faut améliorer dans son geste.Mieux encore, elle permet de s’inspirer d’un modèle pour perfectionner son geste.

Exemple de protocole fait par un sportif en quatre phases :

Phase 1 : Il observe en vidéo le geste fait par un expert (spectateur)

Phase 2 : Il se visualise sur son écran mental en train de faire le mouvement comme l’expert (spectateur)

Phase 3 : Il vit le mouvement comme s’il le faisait (acteur interne)

Phase 4 : Il fait le mouvement en réel (acteur externe)

Dans ce cas précis l’utilisation successive des modes spectateur et acteur dans une boucle d’entrainement physique et mental est un moyen d’augmenter la performance.

Pour chaque situation et pour chaque personne le besoin d’une position associée ou dissociée est différent, et la solution à certains problèmes dépendra parfois du choix qui sera fait de l’une ou l’autre.

Témoignage d’Antoni GIROD

Préparateur mental d’athlètes de haut niveau dans de nombreux sports, Antoni Girod intervient dans le monde entier en tant que conférencier et formateur pour la ITF (International Tennis Federation). Enseignant certifié en PNL, certifié en Sophrologie et en Hypnose Ericksonienne, il est également l’auteur de dix ouvrages sur la communication, le coaching et la préparation mentale.

Antoni nous livre ici deux anecdotes concernant des sportifs de haut niveau qui viennent illustrer le rôle important de ces deux modes de représentation, Associé et Dissocié.

SELIMA SFAR

Je deviens mon adversaire pour trouver des parades tactiques.

Je suis en Tunisie où j’anime une formation en préparation mentale pour des entraîneurs de tennis de la Confédération Africaine de Tennis. Cette formation a lieu pendant la Coupe d’Afrique des Nations, un tournoi continental qui doit sacrer le champion et la championne d’Afrique. Il est 14h. C’est le jour de la finale dames. Pour illustrer un exercice de visualisation tactique basé sur les positions de perception et l’adapter à l’entraînement des jeunes, j’ai placé sur une table au milieu de la salle un terrain miniature de tennis avec un filet, des poteaux. J’ai placé d’un côté du court une figurine de Schtroumpf avec une raquette de tennis. De l’autre côté se trouve l’adversaire représenté par Gargamel. Et sur le bord du court, j’ai placé le Grand Schtroumpf en guise d’entraîneur. Et bien sûr, j’y vais de mon explication sur l’importance de se mettre dans la peau de l’adversaire et d’adopter le point de vue de l’entraîneur pour élaborer un plan tactique efficace. Je n’y ai pas prêté attention plus tôt, mais je m’en rends compte quand elle ouvre la porte pour sortir de la salle de formation : Selima SFAR, la joueuse tunisienne (que je connais à peine) qui joue en finale à 16h contre une joueuse marocaine qu’elle n’a jamais battue, a assisté à ma petite démonstration avec le Schtroumpf, Gargamel et le Grand Schtroumpf. Je poursuis ma formation et un peu avant 18h, je vois un entraîneur qui entre dans la salle de formation complètement surexcité : « Selima, elle a gagné ! A la fin du match, elle a fait l’interview avec le journaliste et elle a dit qu’elle remerciait beaucoup les Schroumpfs ! Le journaliste n’a pas compris… » Lors de la soirée de clôture du tournoi, j’ai eu l’occasion de discuter avec elle. Elle m’a dit qu’avant la finale, dans les vestiaires, pour la première fois elle avait pris le temps de se mettre dans la peau de Gargamel (son adversaire) et qu’elle avait compris quelque chose qui avait fait toute la différence pendant la finale. C’est ce qu’on appelle une séance de coaching indirect schtroumpfement efficace !!!

FEDERER

Une confiance à toute épreuve et une lucidité tactique hors du commun

La véritable force mentale de Federer réside dans une confiance à toute épreuve qu’il puise dans sa maîtrise technique et dans une condition physique hors pair forgée grâce à son préparateur physique de toujours, Pierre Paganini. Vient s’ajouter à cela une lucidité tactique hors du commun. Après sa victoire à l’US Open en 2005 face à André AGASSI malgré la perte du 2ème set, un journaliste lui demande : « Comment faites-vous pour toujours trouver la solution tactique même quand vous êtes en difficulté ? » Réponse de Federer: « J’adore analyser mon jeu en cours de partie. Comme si mon double me regardait jouer… » Cette capacité mentale à analyser de l’extérieur la situation même en cours de partie, à adopter le regard du coach, n’est peut-être pas étrangère au fait qu’il ait pu se passer si facilement d’entraîneur à différents moments de sa carrière.

Et vous alors, acteur ou spectateur dans la performance ?

 

 

 

 


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